La France a rapatrié 129 tonnes d’or grâce à une opération financière ingénieuse.

La gestion des réserves d’or constitue un enjeu majeur de souveraineté financière pour les États. Dans ce contexte, la France a récemment mené une opération particulièrement habile portant sur 129 tonnes d’or, initialement stockées aux États-Unis, sans recourir à un transfert physique coûteux et sensible.
Avec 2 437 tonnes d’or, la France détient le quatrième stock mondial, derrière les États-Unis (environ 8 100 tonnes), l’Allemagne (3 350 tonnes) et l’Italie (2 450 tonnes). Ces réserves représentent près de 65 % des réserves de change françaises, un niveau comparable à celui des grandes économies européennes.
Jusqu’à récemment, une fraction de ces actifs – soit 129 tonnes (environ 5,3 % du total) – était conservée à New York, conformément à une pratique historique visant à sécuriser les échanges internationaux et à garantir la convertibilité monétaire.
Plutôt que d’organiser un rapatriement physique, dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros (transport sécurisé, assurance, risques géopolitiques), la Banque de France a opté pour une stratégie financière.
Entre juillet 2025 et janvier 2026, ces 129 tonnes ont été progressivement vendues sur le marché américain, avant d’être rachetées en Europe. Cette opération a permis d’éviter tout transport transatlantique, tout en maintenant le volume global des réserves.
Cette stratégie a également permis d’améliorer la qualité des actifs détenus. Une partie de l’or stocké aux États-Unis ne répondait plus aux standards actuels de la London Bullion Market Association (LBMA), qui définit les critères internationaux en matière de pureté et de traçabilité des lingots.
En acquérant de l’or conforme aux normes LBMA, la France a ainsi renforcé la liquidité et la valorisation de ses réserves.
Le timing de cette opération s’est révélé particulièrement favorable. Entre 2025 et début 2026, le cours de l’or a connu une progression significative, dépassant ponctuellement les 2 000 dollars l’once.
Grâce à cet arbitrage, la Banque de France a enregistré un gain estimé à 12,8 milliards d’euros, soit environ 5 % de la valeur totale de ses réserves. Ce résultat améliore ses comptes annuels, bien qu’il ne puisse pas être directement affecté au budget de l’État.
La stratégie française s’inscrit dans une dynamique plus large observée au niveau international. Plusieurs pays ont renforcé la localisation domestique de leurs réserves :
- L’Allemagne a rapatrié plus de 300 tonnes d’or entre 2013 et 2017, portant à plus de 50 % la part stockée sur son territoire.
- La Suisse, avec 1 040 tonnes, conserve aujourd’hui environ 70 % de son or sur son sol.
- Les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or en 2023, un record historique, traduisant un regain d’intérêt pour cet actif refuge.
La volonté française de contrôler physiquement ses réserves s’inscrit dans une tradition ancienne. Dès les années 1960, sous l’impulsion du général de Gaulle, plus de 3 000 tonnes d’or avaient été rapatriées des États-Unis, anticipant la fin du système de Bretton Woods.
Cette décision s’est révélée stratégique : entre 1971 et 1980, le prix de l’or est passé de 35 dollars à plus de 800 dollars l’once, confirmant son rôle de valeur refuge.
Les autorités françaises soulignent que cette opération ne répond pas à un contexte géopolitique particulier, mais s’inscrit dans une gestion prudente et de long terme des réserves nationales.
Désormais, 100 % de l’or français est stocké sur le territoire national, principalement dans les coffres sécurisés de la Banque de France à Paris. Ce choix renforce le contrôle direct de l’État sur ses actifs stratégiques, dans un environnement international marqué par des incertitudes croissantes.