Guerre en Iran et marché de l’or quand les investisseurs vendent en pleine crise

Publié: April 30, 2026 - 4 min de lecture
Guerre en Iran et marché de l’or quand les investisseurs vendent en pleine crise

Au début de l’année 2026, tous les ingrédients semblaient réunis pour renforcer l’attrait de l’or. Les tensions géopolitiques s’intensifiaient, les marchés restaient incertains et l’inflation continuait de peser sur les économies. Pourtant, en mars, un mouvement inattendu s’est produit : les investisseurs ont massivement vendu leur or. Ce paradoxe apparent révèle une mécanique plus nuancée, où la gestion de l’urgence l’emporte parfois sur les réflexes traditionnels.

Le point de bascule intervient après les frappes israélo-américaines sur l’Iran, le 28 février. Dans les semaines qui suivent, les marchés réagissent rapidement. Selon le Conseil mondial de l'or, les investissements en or reculent de 5 % en volume au premier trimestre 2026. Cette baisse se concentre principalement sur le mois de mars, effaçant en partie le dynamisme observé en début d’année. L’or, habituellement perçu comme une valeur refuge, n’a donc pas joué ce rôle de manière immédiate.

Ce phénomène s’explique en grande partie par un besoin accru de liquidités. Lorsque les marchés deviennent volatils et que les prix de l’énergie s’envolent, les investisseurs cherchent avant tout à sécuriser du capital disponible rapidement. Dans ce contexte, l’or présente une caractéristique essentielle : il est universellement reconnu, facilement échangeable et rapidement mobilisable. Cela en fait l’un des premiers actifs vendus en période de tension financière, non pas par défiance, mais par pragmatisme.

Les ETF adossés à l’or illustrent clairement cette dynamique. Après avoir enregistré des flux entrants solides en janvier et février, ils ont connu d’importantes sorties de capitaux en mars. Le Conseil mondial de l'or souligne notamment le rôle des fonds nord-américains, qui ont opéré une inversion brutale de tendance. En quelques semaines, une grande partie des investissements récents a été liquidée pour répondre aux besoins de trésorerie.

En parallèle, les anticipations de politique monétaire ont également pesé sur le marché. La perspective d’un resserrement de la politique de la Réserve fédérale américaine, dans un contexte de tensions inflationnistes, a entraîné un renforcement du dollar. Or, un dollar plus fort réduit mécaniquement l’attractivité de l’or pour les investisseurs internationaux, contribuant ainsi à accentuer les pressions à la vente observées durant cette période.

Malgré cette baisse des volumes, la valeur des investissements en or a fortement progressé. Sur un an, elle affiche une hausse de 62 %, portée par des prix historiquement élevés. Au premier trimestre 2026, l’once d’or s’échange en moyenne autour de 4 873 dollars, après avoir atteint un pic proche de 5 600 dollars fin janvier. Ce contraste souligne une réalité importante : les investisseurs détiennent moins d’or en quantité, mais à des niveaux de valorisation bien supérieurs.

Cette hausse des prix a toutefois des répercussions sur l’économie réelle. Le secteur de la joaillerie est particulièrement touché, la demande ralentissant face à des coûts devenus plus élevés pour les consommateurs. À cela s’ajoutent des perturbations logistiques liées au conflit au Moyen-Orient. Des centres stratégiques comme Dubaï, par lesquels transitent environ 20 % des flux mondiaux d’or, ont été affectés, compliquant notamment les échanges vers des marchés majeurs comme l’Inde.

Avec le recul, cette phase de ventes massives apparaît davantage comme un ajustement de court terme qu’un renversement durable. Une fois les besoins immédiats de liquidités couverts, les fondamentaux pourraient reprendre le dessus. Les incertitudes géopolitiques et économiques restent en effet des facteurs structurellement favorables à l’or. Comme souvent sur les marchés, le rôle de valeur refuge ne disparaît pas, mais il peut s’exprimer avec un certain décalage dans le temps.