Guerre au Moyen-Orient : pourquoi cours l’or et l’argent sont en baisse


Publié: March 29, 2026
Modifié: March 29, 2026


Une chute marquée après des sommets historiques


Le mouvement a de quoi surprendre. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient au Moyen-Orient, les prix de l’or et de l’argent ont pourtant nettement reculé.

Quelques semaines plus tôt, l’or atteignait des niveaux record, flirtant avec les 5 600 dollars l’once. De son côté, l’argent dépassait les 120 dollars. Une envolée spectaculaire dans un contexte pourtant déjà incertain.

Depuis, la correction a été brutale : l’or évolue désormais autour de 4 460 dollars, tandis que l’argent est retombé proche des 68 dollars. Une grande partie des gains accumulés depuis le début de l’année s’est ainsi évaporée, alors même que ce type de contexte favorise habituellement les valeurs refuges.

 

Liquidités et pétrole redessinent les priorités


Pour comprendre ce recul, il faut d’abord regarder du côté des investisseurs. Face à l’escalade militaire et à l’incertitude économique, beaucoup ont cherché à sécuriser des liquidités.

Concrètement, ils ont vendu en priorité les actifs qui avaient le plus monté,  notamment l’or,  afin de récupérer du cash. Cela leur permet à la fois de compenser des pertes ailleurs et de se repositionner rapidement sur d’autres opportunités, en particulier dans le secteur de l’énergie.

Le dollar joue ici un rôle clé. Comme le pétrole est libellé en devise américaine, sa flambée liée notamment aux tensions dans le détroit d’Ormuz renforce l’attractivité du billet vert. Résultat : de nombreux investisseurs convertissent leurs actifs en dollars, ce qui accentue la pression à la baisse sur les métaux précieux.

Dans le même temps, certains pays producteurs pourraient être tentés de puiser dans leurs réserves d’or pour compenser une baisse de revenus, ce qui alimente encore les ventes.

 

Le tournant de la politique monétaire américaine


Autre élément déterminant : les taux d’intérêt. La hausse des prix de l’énergie ravive les craintes d’inflation, ce qui pousse la Réserve fédérale à envisager un resserrement monétaire.

Dans ce contexte, les obligations d’État américaines et les placements en liquidités deviennent plus attractifs, car ils offrent des rendements. À l’inverse, l’or, qui ne rapporte pas d’intérêt, perd en compétitivité.
Ce basculement explique en partie les réallocations observées dans les portefeuilles ces dernières semaines.

 

Un marché physique perturbé à l’échelle mondiale


Les tensions géopolitiques ne touchent pas seulement les marchés financiers, elles perturbent aussi les flux physiques.
Dubaï, qui représente environ 20 % des échanges mondiaux de métaux vers l’Asie, voit son activité fortement ralentie. Les perturbations du transport aérien compliquent notamment les livraisons vers des marchés clés comme l’Inde.

Résultat : le marché physique se désorganise temporairement, avec des flux perturbés entre Londres et l’Asie. Cette situation crée des décalages entre l’offre et la demande, entraînant des ajustements rapides des prix souvent à la baisse à court terme.

 

Une demande affaiblie entre consommation et industrie


Le Moyen-Orient pèse environ 10 % de la demande privée mondiale d’or. Un ralentissement, même temporaire, dans cette région suffit donc à peser sur les cours.
L’argent, de son côté, subit une pression supplémentaire liée à son rôle industriel. Utilisé dans les panneaux solaires, les batteries ou encore certaines technologies liées à l’intelligence artificielle, il dépend fortement de la dynamique économique.

Or, les perspectives de ralentissement mondial réduisent mécaniquement les anticipations de demande.
Le statut de valeur refuge remis en question à court terme
Ces mouvements interrogent certains investisseurs. En l’espace de quelques mois, deux corrections importantes sont venues fragiliser l’image de stabilité traditionnellement associée à l’or.
Par ailleurs, la forte spéculation observée en début d’année — notamment en Asie — a accentué la volatilité. Pour certains acteurs, l’or n’est plus systématiquement la valeur refuge par excellence, surtout lorsque d’autres actifs offrent des rendements plus attractifs.

 

Une protection qui reste pertinente sur le long terme


Malgré ces turbulences, les fondamentaux de long terme n’ont pas disparu. L’endettement public élevé et les risques de stagflation continuent de soutenir l’intérêt pour les actifs tangibles.
Dans ce contexte, l’or pourrait retrouver son rôle de protection face à la dépréciation des monnaies et à l’instabilité économique. La demande pourrait alors repartir, portée notamment par les banques centrales et les investisseurs institutionnels.